Ces derniers temps, un mot revient avec insistance dans les discours publics, les stratégies gouvernementales et les débats citoyens : digitalisation. Administration numérique, services en ligne, identité digitale, paiements électroniques, e-gouvernement… Le numérique est désormais présenté comme un levier central du développement à Madagascar.
Mais derrière les annonces, une question essentielle demeure : où en est réellement le pays ? Dispose-t-on d’une vision claire et surtout d’une capacité concrète à transformer le quotidien des citoyens grâce au numérique ?
Un document apporte aujourd’hui un éclairage précieux : le Digital Readiness Assessment (DRA) réalisé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en partenariat avec les autorités malgaches. Ce rapport permet, pour la première fois, de dresser une photographie globale, structurée et lucide de l’état du numérique à Madagascar.
Un diagnostic national attendu
Le rapport du PNUD n’est ni un document promotionnel ni un simple inventaire de projets. Il s’agit d’une évaluation stratégique fondée sur des analyses documentaires, des enquêtes auprès d’experts et des consultations avec les acteurs publics, privés et académiques.
Son objectif est clair : mesurer la capacité réelle de Madagascar à tirer parti du numérique pour son développement économique, social et institutionnel.
Le constat général est nuancé : Madagascar progresse, mais la transformation numérique reste incomplète, inégale et fragile.
Un pays entré dans une phase « systématique », mais encore instable
Selon la méthodologie du PNUD, Madagascar se situe globalement à un stade dit « systématique » dans plusieurs piliers clés du numérique.
Concrètement, cela signifie que le pays a dépassé la phase des simples expérimentations :
- une vision nationale du numérique existe,
- des institutions dédiées ont été mises en place,
- plusieurs projets structurants sont déjà opérationnels.
Toutefois, ce stade n’est pas encore celui de la maturité. La digitalisation progresse, sans être pleinement intégrée ni coordonnée à l’échelle de l’État et de la société.
Des avancées réelles à reconnaître
Une vision stratégique formalisée
Madagascar dispose désormais d’un Plan Stratégique Numérique aligné avec la politique générale de l’État et les Objectifs de Développement Durable. La transformation numérique est reconnue comme un levier transversal au service de l’administration, de l’éducation, de la santé et de l’économie.
Une économie numérique déjà active
Les services TIC représentent près d’un tiers des exportations de services du pays. Des secteurs comme le mobile money, les services numériques externalisés (BPO) et certaines plateformes en ligne montrent un réel potentiel de croissance.
Des services publics en cours de digitalisation
Des plateformes liées à la création d’entreprise ou à l’identité numérique montrent que le numérique commence à simplifier certaines démarches administratives.
Des fragilités structurelles qui freinent l’impact réel
Une connectivité encore très inégale
L’accès à Internet reste fortement concentré dans les zones urbaines. Les zones rurales cumulent faible couverture réseau, coût élevé de la connexion et accès limité à l’électricité.
Résultat : une digitalisation qui exclut encore une grande partie de la population.
Un déficit de compétences numériques
Le manque de compétences est identifié comme l’un des principaux freins à la transformation numérique. Sans formation massive et continue, le numérique risque de rester un outil réservé à une minorité et des plateformes sous-utilisées.
Une gouvernance numérique fragmentée
Le rapport met en évidence une réalité préoccupante : trop de projets, pas assez de cohérence. Les initiatives numériques existent, mais elles sont parfois mal coordonnées, peu interopérables et rarement évaluées sur leur impact réel pour les citoyens.
Le véritable enjeu : au-delà de la technologie
L’un des enseignements majeurs du rapport est que le problème principal n’est pas technologique. Madagascar ne manque pas d’outils, de partenaires ou d’idées.
Ce qui fait défaut, c’est une exécution cohérente, une appropriation citoyenne du numérique et une confiance durable dans les services numériques publics.
Sans confiance, sans inclusion et sans clarté des objectifs, la digitalisation risque de devenir une vitrine moderne sans transformation profonde.
Digitalisation : opportunité ou illusion ?
Le rapport du PNUD agit comme un révélateur. Il montre que la digitalisation peut être un formidable accélérateur de développement, mais aussi une source de nouvelles fractures si elle est mal conduite.
La question n’est donc plus de savoir s’il faut digitaliser, mais bien pour qui, comment et dans quel but digitaliser Madagascar.
Conclusion : un outil pour éclairer le débat public
À l’heure où la digitalisation est devenue un mot-clé omniprésent, ce rapport offre une base sérieuse pour dépasser les slogans et engager un débat de fond.
Il invite à penser un numérique utile pour les citoyens, inclusif pour les territoires, souverain dans ses choix et cohérent dans sa gouvernance.
Un enjeu majeur pour Madagascar, qui ne peut plus se permettre une transformation numérique de façade, mais doit construire un numérique au service de son développement réel.
Rapport : Madagascar Digital Readiness Assessment - PDF (12.5Mo)